L'hypnose, une communication thérapeutique.

 

 

 «Toute suggestion extérieure ne peut être activée que si elle est introduite et transformée en une réaction autoguidée». (M. Erickson)

 

 

Cette description met en évidence trois effets réciproques impliqués dans toutes relations:

  • Celui de l’action interhumaine

  • Celui de l’environnement (contexte/ lieu/ situation)  sur les protagonistes

  • Celui de l’esprit sur le corps

Les tenants de l’approche ericksonnienne en hypnose considèrent l’Homme dans sa globalité, il n’est  ni réduit à son intrapsychique, ni seulement à ses interactions mais est un individu vivant sur tous ces plans simultanément, dans un corps qui l’individualise, et agissant face à des choix incessants. 

 

 

Toute démarche thérapeutique s’inscrit dans une relation.

 

Dans notre texte « qu’est-ce que l’hypnose », nous nous sommes focalisés sur l’individu pendant la transe. Nous avons évoqué différentes études en neurosciences qui montraient la spécificité de l’état hypnotique.

Pourtant, se concentrer essentiellement sur les phénomènes internes au  patient impliquerait de considérer ce dernier comme isolé voire isolable de la situation dans laquelle est produite la transe. Or, à tous moments, chacun est forcément en relation, est couplé, et en interaction dynamique avec son corps, avec son environnement,  avec d’autres personnes. Lors de l’hypnose thérapeutique, le patient est aussi en interaction avec les choses, avec l’autre, avec son thérapeute ; il est sujet communicant et agissant.

La communication est donc inhérente à la relation hypnotique. Il est intéressant d’en connaitre certaines bases pour comprendre ce qu’il se passe durant une séance d’hypnose.

 

 

Que signifie communiquer ?

 

Etymologiquement, du latin communicare, le mot communication signifie « mettre en commun ». Il désigne aussi  le fait d’  « être en relation avec quelqu’un ».

Mais si le mot « communication » existe depuis des siècles, ce n’est qu’à partir de la seconde moitié du XXème siècle qu’émerge un champ de recherche plus large sur les théories modernes de l’information et de la communication nourrie d’abord par Shannon et Wiener (mathématiciens qui décrivent une théorie de l’information à partir de transmissions télégraphiques).

La communication est définie comme la transmission d’un message, puis l’écoute du retour en vue de transformation (i.e. échange, relation). L’information serait le contenu du message transmis lors de cet échange. Le processus de communication conditionne toute relation humaine, toute interaction, y compris la relation hypnothérapeutique. D’ailleurs, beaucoup de notions et de techniques hypnothérapeutiques ericksoniennes s’inspirent des théories de la communication moderne.

 

 

Pourquoi ne pouvons-nous pas ne pas communiquer ?

 

Prenons l’exemple d’un match de football. Comment interagiront les membres d’une équipe pour gagner le match ?  Bien que chaque équipier ait un rôle précis attribué avant le match, ce rôle se modifiera et s’ajustera en fonction de la tournure que prendra le match et en fonction des évènements ou attitudes non prédictibles au départ et produites par les joueurs en cours de match : si l'équipe adverse est en supériorité numérique et si elle attaque en masse, un attaquant peut devenir défenseur pour aider et il remontera en attaque seulement pour réaliser un contre. Comme dans toute relation humaine qui comporte au moins deux individus, les joueurs sont couplés dans des coordinations comportementales  et langagières d'actions et communiquent inévitablement. Si dans une équipe, un joueur ne joue plus, les autres agiront en fonction de ce comportement. Ne pas jouer c’est donc également communiquer.  Vous pouvez ne pas parler mais vous ne pouvez pas ne pas avoir d’effets sur la ou les personnes avec lesquelles vous êtes couplés et réciproquement.

 

 

L’empathie, au cœur de la relation hypnotique.

 

Au sens commun, l’hypnotisé est perçu comme la personne passive-réceptive et guidée, tandis que l’hypnotiseur est plutôt perçu comme la personne active qui hypnotise. Or, cette conception unilatérale ne décrit pas l’état de la relation patient/thérapeute (ni d’ailleurs n’importe quelle relation comme nous l’avons vu en amont). La relation hypnothérapeutique comme tout autre couplage est circulaire et implique des boucles de rétroaction mutuelles avec une distribution des rôles explicitement ou implicitement convenue bien qu’évolutive en fonction de l’objectif partagé : celui de mener à bien le contrat thérapeutique. Comme dans l’exemple du match de football, le thérapeute et le patient pendant la transe, procèdent à des régulations réciproques sur le plan intellectuel, des affects, des ajustements corporels, de la posture et de la gestuelle, comme si le comportement de l’un était cause et raison du comportement de l’autre. Observez le cas d'une maman qui donne à manger à son enfant ; elle ouvre la bouche en même temps que lui.

Patient et hypnopthérapeute sont alors tout autant émetteurs que récepteurs, non pas à tour de rôle, mais en même temps ; ils sont en phase, en symbiose, en empathie.

 

C’est la spécificité de cette relation qui est thérapeutique pour le patient, par exemple les retours en miroir du thérapeute peuvent signaler au patient une activité interne (physiologique ou émotionnelle) dont il n’a pas conscience. Cette coopération, par retours d’information facilite donc l’apprentissage inconscient et la mise à jour de nouvelles ressources pendant la transe hypnotique. 

 

 

Roseline Bueder