Apprivoiser la douleur

Selon la définition de l’International Association for the Study of Pain (IASP), la douleur est une  expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée à des lésions tissulaires réelles ou potentielles, ou décrite en termes de telles lésions. La douleur correspondrait donc à une sensation physique réelle et à une émotion reliée au contexte dans lequel elle s’inscrit, ce qui en fait une expérience humaine extrêmement subjective.

Il faut toutefois différencier la douleur aiguë de la douleur chronique.

La douleur aigüe a un rôle d'alarme, utile et protecteur. Elle incite à réagir rapidement parce que l’organisme est menacé (ex : brûlures, infarctus, fractures, etc...). Au niveau médical, un traitement adapté est fourni au patient pour conduire à sa disparition.

La douleur chronique est une douleur persistante entrainant souvent une polymédication dont les bénéfices pour le patient sont généralement faibles.

De plus en plus, outre une approche physiopathologique, le traitement de la douleur implique l’utilisation de l’approche psychologique.

A cet égard, on sait que plusieurs facteurs influencent la perception de la douleur. Parmi eux figurent l'inactivité, la fatigue, l'anxiété, l'attitude de l'entourage et la représentation que le patient a de la pathologie.

Attention ! Ca va faire mal !

Une expérience intéressante a été menée par le neuroscientifique Henrik Ehrson et son équipe en 2003 : Les chercheurs ont utilisé une illusion perceptive sur des personnes qui observaient une main en caoutchouc sous la menace d’un objet contondant pour les amener à confondre cette fausse main avec la leur (fig1). Simultanément les chercheurs ont mesuré l’activité cérébrale de ces personnes par IRM fonctionnel. Les résultats en imagerie cérébrale montre une forte activation du cortex prémoteur ce qui reflète le sentiment d’appropriation de la main par les sujets testés. Notamment, les chercheurs notent une forte activation de l’insula antérieur (zone essentielle à la perception consciente des émotions et de la douleur). Ainsi, le simple fait de se focaliser sur ce qui va arriver amplifierait la perception de la douleur.

Ces données vont dans le sens de la définition donnée par l’IAPS, la douleur serait une sensation physique et une émotion. Or les émotions peuvent être régulées mentalement !

Figure 1. Expérience d'Ehrson et al., 2003. Illusion perceptive: la main en caoutchouc.

Les illusions analgésiques 

Depuis plus de 15 ans, le Centre médical d’Harborview utilise des jeux de réalité virtuelle sur les douleurs des « grands brûlés » pendant les soins tels que les changements de pansements et d'autres thérapies.

A l’aide d’un casque de réalité virtuelle, les patients sont immergés dans une réalité alternative, "SnowWorld," (développé par H. Hoffman, S. Schearer et D. Patterson dans les années 1990, voir fig2), où ils peuvent s’enfoncer à travers un canyon de glace. Les patients doivent envoyer des boules de neige sur des personnages à l’aide d’un canon à neige.

Les patients signalent que cette procédure couplée à l’administration d’un opiacé réduit considérablement la douleur et rend les procédures de soin plus tolérables, ils se sentent plus apaisés que lorsqu’on leur administre un opiacé seul.

Hunter Hoffman, David Patterson et Sam Schearer, soulignent le rôle central de l’imagination et de la concentration pour contrecarrer la douleur.

 

Marie-Elisabeth Faymonville, médecin anesthésiste au CHU de Liège confirme d’ailleurs que « de multiples études réalisées grâce à l'imagerie par résonance magnétique (IRM) ont mis en lumière que la distraction, la méditation, le placebo et l'hypnose peuvent modifier sensiblement la perception de la douleur. »

Figure 2. Système SnowWorld,  environnement virtuel glacé développé par Hoffman Schearer et Patterson (1990) pour la gestion de la douleur.

Apprivoiser la douleur grâce à l’hypnose

En 1991, l’équipe de Huub Haanen montre les bénéfices de l’utilisation de l’hypnose  comme technique analgésique dans la fibromyalgie (douleurs musculaires chroniques). Les sujets concernés pratiquant la méthode diminuaient de 40% à 60% leur consommation d’antalgiques. L’autohypnose est également efficace dans les maladies inflammatoires de l’appareil locomoteur, telles que la polyarthrite ou la spondylarthrite ankylosante.

L’hypnose permet aussi d’atténuer les douleurs aigües et permet de réduire l’appréhension, le stress, et les phénomènes d’anticipation de la douleur, chez les patients mais également chez les soignants.

La dentisterie nécessite la même approche antalgique et antistress. Enqvist (1997) examine sur 36 patients les effets de l’hypnose et note une stagnation de l’anxiété pendant l’acte opératoire contrairement au groupe contrôle. La consommation d’antalgiques est réduite dans le groupe hypnose.

Ces effets anxiolytiques et antalgiques sont aussi retrouvés et utilisés avec bénéfices lors de pontages coronariens (Ashton, 1997) et d’angioplasties cardiaques (Weinstein, 1991).

Figure 3. l'hypnose réduit l'activité des principales régions de la douleur

-Travaux de M.E. Faymonville 

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Références

Ashton C, Whitworth G, Seldomridge JA, Shapiro P, Weinberg A, Michler R, Smith C, Rose E, Fischer S, Oz MC. Self-hypnosis reduces anxiety following coronary artery bypass surgery. J Cardiovasc Surg 1997 ;38 :69-75.

Ehrsson HH,  Spence C,  Passingham RE. That's my hand! Activity in premotor cortex reflects feeling of ownership of a limb, Science , 2004, vol. 305 (pg. 875-877)

Enqvist B, Fischer K. Preoperative hypnotic techniques reduce consomption of analgesics after surgical removal of third mandibular molars. The international Journal of Clinical and Experimental Hypnosis, vol45,1997,102-108.

Haanen HC, Hoenderdos HT, van Romunde LK.  et al.  Controlled trial of hypnotherapy in the treatment of refractory fibromyalgia.  J Rheumatol. 1991;18:72-75

Hoffman H.G, Patterson D.R. and Carrougher, G.J. (2000). Use of virtual reality for adjunctive treatment of adult burn pain during physical therapy: a controlled study. Clinical Journal of Pain, 16(3), 244-250.

Weinstein E et Au P.Use of hypnosis before and during Angioplasty. American Journal of Clinical Hypnosis, vol 34,N°1,1991.

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