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Interaction mère-enfant: "expérience du visage neutre"


Les très jeunes enfants en dessous de 3 mois perçoivent-ils les émotions ?

Les expriment-ils?

Si les enfants perçoivent les émotions et sont capables de les exprimer, dans quel but les utilisent ils?

Quelle est la fonction principale des émotions durant la première année du développement de l'enfant ?


Les émotions sont produites par le cerveau et participent à coordonner les activités des êtres humains. Elles ont un rôle dans la perception, l'action et l'apprentissage.

La fonction principale des émotions est la fonction adaptative qui est la capacité d'une personne à s'adapter aux exigences et aux contraintes de l'environnement qui l'entoure.

Les émotions sont donc responsables de la régulation de l'activité à un niveau individuel, et sont également impliquées dans les relations interindividuelles.

En fait, les êtres humains étant forcément en relation, l'expérience humaine n'est pas celle d'un être isolé, coupé du monde et des autres, mais celle d'un être en rapport avec d'autres. La recherche de partage d'expériences entre deux personnes qui focalisent leurs intérêts sur un même objet de partage (qu'il soit physique ou mental) est inhérente au genre humain, et présente dès les premiers échanges entre la mère et le bébé à travers les émotions !


Avant les années 60 les nouveau-nés étaient considérés en fonction de leurs non-capacités. Leurs comportements étaient considérés comme de simples réflexes. Mais les études des 50 dernières années ont montré que cette idée n'est pas correcte puisque les nouveau-nés disposent déjà la naissance de certaines compétences cognitives et perceptives. Par exemple, avant la naissance, des études ont montré une capacité précoce de discrimination des voix, et même que le fœtus préfère la voix de sa mère.

Ces conclusions montrent que l’attachement affectif entre la mère et l’enfant est présent avant la naissance !

Dans les pseudo-dialogues ou proto-conversations (les premiers gestes de l’enfant sont interprétés par l’adulte qui fournit une réaction congruente), le nouveau-né communique ses émotions et son attachement à sa maman à travers des gestes et des mimiques du visage.

Illustrons maintenant nos propos à travers l'"expérience du visage neutre" effectuée Murray et Trevarthen en 1985.

Dans cette expérience, les auteurs ont observé les réactions de nourrissons de moins de 3 mois face aux expressions émotionnelles de leur mère.

La mère et le bébé sont placés devant un écran qui transmet l'image de l'autre en temps réel. Ce dispositif permet d'analyser de façon très précise les expressions émotionnelles des personnes qui ont participé à l'expérience. Notamment, cela permet d’observer comment les émotions des personnes se coordonnent entre elles dans l'interaction.

Les chercheurs remarquent que lors d’une interaction normale les expressions du visage de la mère et du bébé, s’accordent.

A l'inverse, dans la condition « Blank face » ou « visage neutre » la mère et l'enfant sont d’abord impliqués dans une interaction normale, et après un certain laps de temps la maman change l'expression de son visage et affiche un visage neutre non répondant aux émotions de l'enfant. Elle reste silencieuse et immobile en continuant à regarder le bébé. Au moment du changement de l'expression du visage de la mère, l'enfant détourne le regard plus souvent, sa bouche est plus fermée, il sourit moins, et son expression faciale et moins détendue. Dans ce cas-là, le bébé cherche d'abord à protester pour rétablir la communication avec sa mère ensuite il devient évitant et ne regarde plus sa mère.


"Condition conversation" à gauche VS "Condition visage neutre" à droite

Une autre variante à cette étude est « l’expérience de la mère interrompue ». Ici, l'attention de la mère est attirée par l’expérimentateur qui lui parle. Elle détourne donc le regard de l’enfant pour le focaliser sur l'expérimentateur. L'enfant le regarde aussi, et reste détendu car il comprend le motif pour lequel la mère ne le regarde plus. Dans cette version, le bébé cherche à attirer l'attention de la mère avec des vocalisations et des gestes ; il est donc beaucoup moins perturbé que dans l'expérience précédente.

Une troisième variante de cette expérience est celle de « la condition rejouée ». Les réactions de la mère sont enregistrées et montrées à l’enfant en décalé. A cause du décalage chronologique, les réactions de la mère ne reflètent pas de façons appropriée les émotions du bébé. L’enfant perd alors le contrôle du contact et agit comme si l'image de la mère devenait inquiétante. Il fronce les sourcils, grimace, baille et touche son visage et ses vêtements plus fréquemment. Il peut également faire des efforts pour défier la non réactivité de sa maman.

Cette dernière expérience montre l'importance de la synchronisation des émotions du bébé et de la mère, gage de la qualité positive de l'interaction.


Conclusions :

A travers ses expressions, l'enfant de moins de 3 mois communique déjà avec une large palette d'émotions.

Très tôt, le bébé possède donc des états émotionnels et les organise en fonction de la situation dans laquelle il est impliqué.

Enfin, l'enfant est fortement dépendant des expressions émotionnelles de sa mère qui l’aident à organiser ses propres émotions.

Les émotions de la mère et du bébé sont donc fortement interdépendantes.

Pendant les premiers mois de leur vie ils peuvent donc participer à des interactions avec d'autres personnes. Ils sont capables d'orienter et de coordonner leur conduite émotive avec celle d'autrui et utilisent les émotions pour réguler leur rapport aux autres.

Cette fonction de régulation du contact interpersonnel apparaît dès la naissance et va se développer par la suite.

Les émotions ne sont donc pas acquises par expérience et ne peuvent être apprises, elles sont intrinsèquement liées au genre humain.




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