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Mon expérience hypnotique à l’Atelier des Lumières


Atelier des lumières - 38 Rue Saint-Maur, 75011 Paris

J’aimerai partager aujourd’hui ma rencontre avec Gustave Klimt, grand artiste de la Vienne Impériale à l’ancienne fonderie du Chemin-Vert, désormais Atelier des Lumières de Paris. Au cœur de cette exposition immersive (technologie AMIEX), nous découvrons un siècle de peinture viennoise. Dans un dialogue pictural continu, entre peintures figuratives et décoratives, nous retrouvons au-delà des œuvres de l’artiste à la dimension symbolique une explosion de sensations visuelles auditives et kinesthésiques par le biais de l’animation des images, de la musique et de la mise en scène. Le parcours est libre d’interprétations, libre du temps.


Immergés dans cette création tridimensionnelle, on se déplace ; et c’est comme si nos mouvements faisaient partie intégrante de l’exposition, nous interagissons alors avec les œuvres. Les projections et la musique enrichissent notre regard, et la dynamique évolutive de nos mouvements nous permet d’appréhender des angles de vue toujours différents. L’exposition se transforme alors en terrain de jeu, ce qui en fait une expérience perceptive individuelle et unique à chaque instant: l’œuvre d’art ici n’existe donc que dans sa relation avec le spectateur, elle propose quelque chose de singulier, une expérience de soi, un nouvel état d’agir.


Une histoire interactive unique et individuelle

A la recherche de nouvelles sensations, certains spectateurs-acteurs font jouer les œuvres colorées sur leur peau, d’autres tentent de conserver leur équilibre en fixant les projections au sol qui se meuvent.

Un peu plus loin, on peut observer un groupe d’adolescentes danser. Portées par la musique, Wagner, Beethoven, Strauss ou Mahler ; elles exécutent une suite de mouvements techniques alliant grâce et, souplesse, il suffit de les observer pour plonger un peu plus loin dans l’environnement immersif.


L’immersion psychologique

Dans le cas de cette proposition interactive, les visiteurs peuvent habiter l’environnement et l’accepter comme tel. L’environnement un peu déroutant ne se rapproche pas forcément d’un quelconque réalisme visuel. Mais le rapport entre l’environnement et le visiteur construit une situation spatio-temporelle cohérente où le spectateur-acteur, a une place déterminée. Cette cohérence est essentielle pour produire une existence sensori-motrice dans l’Environnement Artistique, et donc une immersion psychologique dans celui-ci. En effet, cette existence va participer de la création d’un monde propre au visiteur qui déambule dans cet espace/temps de manière naturelle et spontanée. L’environnement bouge et on s’adapte, simultanément, on attribue au mouvement de l’environnement un retour visuel ou sonore de nos propres mouvements. Et dans cette confusion, naissent des modalités interactives, qui permettent de faciliter le couplage corps/environnement. De plus en plus connectés aux animations, l’écart action/rendu dans l’environnement est minimisé, et la sensation de fusion avec le rendu visuel, sonore ou kinesthésique devient possible.

L’interaction et l’immersion sont la construction d’un être au monde esthétique grâce auquel le visiteur s’inscrit et atteste de sa présence dans l’œuvre ; ainsi l’œuvre devient manifestation de soi.

On peut comparer ce qu’il se passe à ce qui peut être vécu au théâtre, avec la différence, que le dispositif de cette exposition ne place pas le spectateur face à l'œuvre mais dans l'œuvre. La présence humaine est essentielle pour que l’ «œuvre contenu » se réalise. Le spectateur/auteur, agit dans le processus de création artistique en tant que facteur déterminant, conditionnant l'existence de l'œuvre, et son contenu sémiotique. Ainsi, le rôle du spectateur est revisité car le dispositif lui offre une part de responsabilité qu’il ne possédait pas dans l’art « spectaculaire» ; il peut agir sur l’œuvre en se déplaçant et en modifier d’autant plus sa réception.

Alors que l’œuvre spectaculaire propose à son spectateur d'expérimenter une interprétation, celle que l'artiste fait du monde, l’Environnement Artistique ne représente plus le monde, mais propose d’expérimenter les circonstances de notre rapport au monde. Chaque situation interactive est nouvelle. Le spectateur devient un visiteur qui doit appréhender, arpenter, de manière « sensori-moteur » cette construction environnementale afin de se l’approprier. Grâce à l'interaction et à la coautorialité qu'instaure un Environnement Artistique, le visiteur est disposé à jouer le jeu. Il doit être dans une disponibilité perceptive pour que le système de rétroaction soit efficace.

C’est cette réciprocité entre le sujet et l’environnement ainsi que l’indivisibilité entre la perception et l’action qui a été décrite par James J. Gibson. Et c’est cette réciprocité qui est essentielle pour augmenter la présence du sujet dans l’Environnement Artistique. Et c’est parce que cette réciprocité est préservée, que le visiteur se sent aussi plongé dans cette exposition monumentale. James J. Gibson a en effet introduit en 1966 la notion de système perceptif ou système perceptivo-moteur. Il explique que l’environnement propose des possibilités d’action et donc l’action a un rôle majeur et indispensable dans le processus perceptif puisqu’elle organise les informations. Le corps en action est au cœur du processus perceptif et, réciproquement, la perception devient active et structurante. L’expérience doit donc être comprise en terme de relation dynamique, d’interaction du sujet avec et dans l’environnement.


« Jamais je n’avais senti, si avant, à la fois mon détachement de moi-même et ma présence au monde » (Albert Camus)


Ainsi, projetées sur les murs courbes, les œuvres de Gustave Klimt et de et de Hundertwasser se déplacent du plafond au sol. Elles nous entourent, croissent évoluent, prennent vie tout simplement. On bascule dans un autre monde, étrange, tout en restant présent. Immergé, confiant, nos sens en éveil focalisés, l’esprit tangue entre la mise en scène qui épouse parfaitement les courbes et reliefs du lieu et la technologie qu’on finit bien vite par oublier. Dans ce monde virtuel hypnotique et coloré tout est métamorphose, mouvement sans fin, confus, tout change tout le temps, et l’expérience est forcément unique et individuelle puisque dépendante aussi de notre place de visiteur.


Roseline Bueder

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© 2015 par Roseline Bueder
 

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