Qu'est-ce que l'hypnose?

 

 

Les phénomènes liés à l’hypnose sont connus depuis des temps anciens, bien que le terme d' “hypnose“ n’apparaisse qu'au début du 19ème siècle. L’hypnose a quelque chose de mystérieux, qui fascine et  interpelle, parfois associée aux prestations d’hypnotiseurs de music-hall ou même au lavage de cerveau. Cet aspect très médiatisé jette une ombre sur l'hypnose thérapeutique moderne.

Pourtant l’état hypnotique est un phénomène banal que nous expérimentons plusieurs fois par jour dans des activités quotidiennes. Par exemple, lorsque nous conduisons sur de longues distances avec l'esprit "ailleurs" mais toujours "ici", quand nous sommes plongés dans un livre, ou bien dans un film.  Dans ces situations, nous ne perdons pas le contrôle, nous sommes conscients mais les stimuli extérieurs ne sont plus aussi importants, nous sommes davantage attentifs à ce qu’il se passe à l’intérieur de nous: l'hypnose est  en effet, un état de conscience modifié qui privilégie le fonctionnement inconscient par rapport au fonctionnement conscient.  A noter que M.H. Erickson définissait de façon très simple les termes "conscient" (ce dont nous avons conscience) et "inconscient" (ce dont nous n'avons pas conscience). 

A tout moment, nous sommes en proportion variable entre état conscient et inconscient, un peu comme entre deux vases communicants dont le recrutement de l'un et de l'autre évoluent constamment. 

Comprenons que l'hypnose est une expérience subjective difficile à décrire et une des façons d'expliquer cet état est de définir ce qu'il n'est pas. Nous allons procéder en citant quelques sources issues de la recherche physiologique qui démystifieront l'hypnose rapidement. 

 

Ni sommeil ni rêverie. 

Y-a-t-il une modification du fonctionnement cérébral pendant l’hypnose? L’hypnose est-elle une forme particulière de conscience ?  

De par son lien étymologique avec le sommeil (du grec hypnoûn, s'endormir), nous pourrions penser que la personne sous hypnose dort, rêve ou peut-être médite. Pourtant, diverses études ont abouti à invalider ces hypothèses.

En 2003, Pierre  Rainville et son équipe démontrent grâce à l'imagerie cérébrale, que les circuits neuronaux activés lors de l'hypnose sont des circuits attentionnels différents de ceux sollicités durant les différentes phases de sommeil. 

La seconde hypothèse était de considérer que l'état d'hypnose s'apparente à cet état où l'esprit vagabonde d'une pensée à une autre, où l'on rêve éveillé. Mac Geown et al. (2009) ont réalisé une IRM fonctionnelle chez des personnes en phase d'induction hypnotique et ont constaté une diminution de l'activité cérébrale dans les zones qui caractérisent la rêverie et le mode par défaut (c’est-à-dire que le cerveau est au repos mais actif). En revanche, d’autres aires été activées.

En ce qui concerne l’hypothèse de méditation, la signature EEG enregistrée n’est pas non plus caractéristique de l’hypnose (Raichle et al. 2001).

Finalement l’hypnose correspondrait davantage à un état particulier de veille et aurait une signature neurologique propre bien qu’elle varierait selon les suggestions faites par le thérapeute au patient durant de la séance (Maquet et al. 1999).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Références

Erickson, M., & Rossi, E. (1980). L'intégrale des articles de Milton H. Erickson, Tome 1: De la nature de l'hypnose et de la suggestion.

 

McGeown, W. J., Mazzoni, G., Venneri, A., & Kirsch, I. (2009). Hypnotic induction decreases anterior default mode activity. Consciousness and Cognition, 18(4), 848-855.

 

Maquet, P., Faymonville, M. E., Degueldre, C., Delfiore, G., Franck, G., Luxen, A., & Lamy, M. (1999). Functional neuroanatomy of hypnotic state. Biological psychiatry, 45(3), 327-333.

 

Raichle, M. E., MacLeod, A. M., Snyder, A. Z., Powers, W. J.,Gusnard, D. A., & Shulman, G. L. (2001). A default mode of brain function. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 98(2), 676–682

 

Rainville, Pierre & Price, Donald D. (2003). Hypnosis phenomenology and the neurobiology of consciousness. International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis 51 (2):105-29.

 

 

 

Roseline Bueder.

L'activitée cérébrale modulée par l'hypnose